L’identité nationale au révélateur des sacrifiés de la côte 140 par JF Kahn

Notre ami Jean-François Kahn dans le dernier numéro de Marianne consacre son bloc note à la question des Minarets et identité sous le titre « Quand les suisses répondent à l’appel d’Eric Besson » . Evidemment avec son talent et ses capacités d’analyse, Jean-François tord le cou à toute instrumentalisation politique, d’où quelle vienne, des questions essentielles pour le « vivre ensemble » que sont l’identité nationale et la laïcité.

Il redit magistralement qu’il est impossible de répondre à la question de ce qui fait l’identité française, lisons le !

« Je veux, à ce sujet, vous raconter une histoire. En mai 1915, la France lança une grande offensive en Artois pour tenter de reconquérir le bassin minier. Ce fût un échec qui, en quelques jours, engloutit plus de 200 000 hommes. L’assaut se brisa sur une triple réseau de tranchées et de blockhaus allemands.

Une exception cependant : une division du 33è corps, pour la première fois depuis le début du conflit, parvint à traverser les lignes ennemies et à s’emparer de la stratégique côte  140 devant le village de Vimy qui dominait la plaine de Lens.

Charge héroïque qui vit des héros antiques, en élan irresistible, tout emporter sur leur passage en hurlant « Vive la France! » et en brandissant des drapeaux qui n’étaient d’ailleurs pas tous tricolores. Les premiers tués, que l’on enterra sur place selon le rite musulman, s’appelent Fenni Ben Smaïl, Ben Faran ou Bellah Amar, originaires d’Algérie ou de Tunisie. A leurs côtés, qui trouve-t-on? Des volontaires américains, espagnols, des exilés tchèques, polonais, russes. Cet artisan morave, ce mineur polonais, ce cordonnier croate ont choisi la France parce qu’elle incarne à leurs yeux le droit de leur propre peuple à disposer de lui-même. Ce Russe parce que l’existence de la République aux trois couleurs lui apparaît comme un affront nécessaire à l’autocratisme tsariste.  Ce Canadien, dont l’amour de Paris vrille le coeur, est conducteur d’une grande échelle de pompiers à Montréal. Cet italien d’1,95 m, qui a lu Jaurès, est venu mettre au service de la patrie des droits de l’homme ses talents de tireur d’élite. Ce natif de Varsovie est accouru des Etats-Unis, son autre « deuxième patrie ». Le brancardier Van Mengen, blessé à mort, est belge. Théodoraxis fauché par une mitrailleuse est grec. Parmi les Tchécoslovaques, Joseph Pultr est membre du mouvement démocratique Sokol, son compatriote Joseph Sibal fut président de l’Association socialiste Rovnost, le Pragois Kupta est peintre cubiste : ils se feront tous tuer aux côtés de Karel Bezdicek, leur porte-drapeau. Quant à celui qui, volontaire lui aussi, se fera chroniqueur de cette fulgurante épopée, Blaise Cendrars, il est suisse.

Abandonnés à eux mêmes, privés de renforts, plus des deux tiers d’entre eux y laisseront la vie.

C’est quoi, Monsieur Besson, l’identité française? Y répondre précisément est impossible, car c’est toujours la résultante d’une aventure improbable. C’est précisément cette impossibilité de la réponse qui fait l’identité française. »

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