Le lien social comme nouvelle frontière

Comme l’a noté Philippe Frémaux « Le modèle danois (…) c’est d’abord faire société ensemble : c’est affirmer concrétement qu’il nous faut gagner tous ensemble, sans laisser personne au bord de la route ». C’est la longue tradition de dialogue, de partenariat, de confiance sociale danoise. Or comme l’indiquait Marie-Louise Knuppert Sécrétaire Générale de la Confédération syndicale danoise LO « le tripartisme pierre de touche du modèle danois avec une concertation permanente entre employés, employeurs et pouvoir public, n’existe pas dans votre législation. N’en déplaise à vos partis, la solution danoise, encore une fois, ne peut
être plaquée en France »
. (NO n°2276 du 19 au 25 juin 2008).
Ce « vouloir vivre ensemble » pour reprendre l’expression d’Alain Touraine, ce respect du contrat social et de l’autonomie des « corps intermédiaires » est ce qui rend possible la mise en place de ce niveau de dialogue dans le cadre duquel chaque acteur de la vie politique et sociale se respecte et peut chercher des compromis (Madame Knuppert parle de « culture du compromis ») acceptables par tous.

Sans un profond retissage du lien social en France, sans un profond recul de la société de défiance (voir l’essentiel petit livre de Yann ALGAN et Pierre CAHUC La société de défiance – Comment le modèle social français s’autodétruit Editions ENS rue d’Ulm) rien d’efficacement durable ne pourra être entrepris pour résoudre les difficultés que connaît notre pays. C’est pourquoi, retisser du lien social apparaît comme une nouvelle frontière que le MoDem doit inlassablement proposer à nos concitoyens.

ALGAN et CAHUC rappellent les conséquences de cette défiance qui mine la société française « En comparant les relations entre les performances économiques etles attitudes sociales dans une trentaine de pays du début des années 1950 à nos jours, nous constatons que le déficit de confiance et de sens civique réduit significativement et durablement l’emploi et le revenu par habitant. Mais la défiance n’a pas seulement un coût économique : les enquêtes disponibles montrent que les gens se déclarent d’autant moins heureux qu’ils disent se méfier de leurs concitoyens. Ainsi le modèle social français, qui n’était peut-être au départ qu’un accident de l’histoire, risque d’éroder inexorablement la capacité des Français à vivre heureux ensemble s’il n’est pas réformé en profondeur. »

A titre d’illustration voici quelques exemples pour mesurer les efforts à accomplir pour restaurer la confiance en France :

– Part des personnes qui déclarent n’avoir « aucune confiance » en la justice : Danemark 2,2%,  France 20%;

– Part des personnes qui déclarent n’avoir « aucune confiance » dans le parlement : Danemark 7%, France  24%;

Part des personnes qui déclarent n’avoir « aucune confiance » dans les syndicats : Danemark 8%, France 26%;

– Part des personnes répondant « Il est possible de faire confiance aux autres » : Danemark 61%, France  21%;
– Part des personnes déclarant « trouver injustifiable de réclamer indûment des aides publiques » :
Danemark 86%, France  28%;

– Part des personnes déclarant « trouver injustifiable d’acheter un bien dont on sait qu’il a été volé » :
Danemark 89%, France 63%;

OEuvrer afin de créer du lien social et de restaurer la confiance entre les français et entre les français et leurs institutions et les corps intermédiaires dont les partis politiques, le MoDem se doit de recenser et de promovoir toutes les initiatives citoyennes, associatives ou privées qui recréent du lien social.

A titre d’exemple, les jardins partagés sont des démarches participatives qui créent du lien social au sein des quartiers, participent au respect de l’environnement, suscitent de l’entraide et de la solidarité entre les habitants d’un même quartier (http://www.jardinonsensemble.org/; http://www.jardindetasoeur.org/).

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4 réponses à Le lien social comme nouvelle frontière

  1. yvon111 dit :

    Bonjour,
    Oui il y a un gros problème de dialogue social en France, aussi dans le monde du travail entre dirigeant et salarié d’où les conflits sociaux à répétition.

  2. marianne dit :

    La crise est en effet non seulement une crise du crédit, mais de la confiance. Normal : crédit (creditum, venant de credere, croire) signifie confiance étymologiquement.

    J’avais publié un article sur le sujet sur le site FRANCE DEMOCRATE :
    http://www.francedemocrate.info/spip.php?article345

  3. davidpourille dit :

    Bonsoir,

    Merci pour les références Algan et Cahuc que j’ignorais; la citation augure de bons développements.

    Tes intentions sont louables et nécessaires: Le lien social est à retisser en France, les chiffres donnés ici ou ailleurs le prouvent et plus encore les ressentis individuels (subjectifs mais bien réels).

    Mais comment faire ? A mes yeux, dès le plus jeune âge, par une autre éducation, une éducation humaniste ! Humaniste dans ses méthodes : voir les méthodes et les pratiques dites coopératives et pas seulement compétitives; humaniste dans ses buts : accroître les capacités de chacun à s’humaniser soi-même et à humaniser son environnement. (Je détaillerai ceci ultérieurement sur mon blog)

    bien cordialement,

    David

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